Apprivoiser les freins au changement pour accompagner les agriculteurs

12/02/2018

Informations

Réseau Civam est un acteur de l’accompagnement des agriculteurs en France. Les Civams travaillent sur un territoire bien spécifique, un peu à l’instar des Groupes d’Action Locale ou des Parcs Naturels. Pour chaque Civam, des animateurs accompagnent plusie
Agriculture, Aménagement du territoire, Animation, Développement rural, Entrepreunariat, Environnement, Gestion territoriale, Innovation, Lien urbain-rural, Méthodes, Mise en réseau, territorial
Contribution à la mise en réseau (Art. 54(2) du Règlement (EU) No 1305/2013)., Développement exemplaire de coopération ou de base de connaissances partagée dans les zones rurales. (P1A), Renforcement des liens entre agriculture, production alimentaire ou sylviculture et la recherche - innovation. (P1B), Soutien à l'apprentissage dans les secteurs de l'agriculture et de la sylviculture. (P1C), Soutien au développement local dans les zones rurales. (P6B)
Réseau CIVAM (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) - RAD (Réseau Agriculture Durable)
  • Lors de cette formation, tout le questionnement s’articulait autour de : Comment accompagner aux mieux les agriculteurs dans les changements auxquels ils doivent faire face ?

    Penser le changement, c’est avant tout comprendre ce qui anime profondément la personne ou, au contraire, comprendre les raisons légitimes qui l’empêchent de changer. C’est oser lâcher un moment notre cadre de référence, notre mission, pour entrer dans un vrai dialogue avec la personne de manière à comprendre réellement ses enjeux actuels. Ensuite seulement il est possible de l’accompagner dans sa démarche et de discerner au mieux les terrains d’entente pour avancer ensemble vers le changement souhaité.

    L’approche se base sur un questionnement subtil de l’agriculteur, la compréhension de ses motivations et de ses freins pour ensuite pouvoir avancer avec lui dans chacune des étapes du changement. 

    Pour ce faire les rencontres en ferme et les analyses à chaud sont essentiels pour renforcer cette cohérence d’action.

     

  • Le Réseau CIVAM bénéficie d’une longue expérience d’accompagnement des groupes d’agriculteurs. Ceux-ci se réunissent pour échanger autour de leurs expériences, leurs pratiques, leurs essais et leurs erreurs afin de s’entraider mutuellement dans le processus d’innovation, et d’appropriation, de nouvelles pratiques ou façons de faire. 

    Cette formation du réseau CIVAM s’orientait spécifiquement sur la thématique « Apprivoiser les freins au changement pour accompagner les agriculteurs ».

     

    Objectifs de la formation

    • Repérer ses propres stratégies face aux changements
    • Comprendre le processus d’adaptation d’un individu au changement, de même que les résistances qu’il peut manifester
    • Acquérir une démarche et des outils pour conduire un changement : se doter d’outils face aux changements que l’on accompagne
    • Savoir se positionner face à des phénomènes de rejets et de résistances
    • Être en capacité d’apprivoiser ces résistances

     

    Programme

    Les changements voulus, contraints, centraux ou périphériques auxquels nous sommes confrontés et les conséquences en termes de comportements et de motivations des individus. Les différentes étapes dans le processus de changement d’une personne et notamment la notion de déclic.

    L’équation du changement : un outil simple pour aborder le changement sous un angle plus pertinent. Quatre positions face aux changements :

    • innover
    • anticiper
    • s’adapter
    • résister, avantages et inconvénients

    Les résistances aux changements, leurs origines, leurs significations et leurs rôles. Comment les gérer :

    • contrer ou apprivoiser ?
    • changer soi-même ou changer l’autre ?
    • trouver les “bénéfices” des résistances au changement
    • utiliser freins et peurs comme alliés

    Application à l’accompagnement de personnes en phase de changement : à partir de deux cas concrets, échanges et discussion approfondie.

     

  • Moyens pédagogiques et techniques mis en œuvre 

    • Apports théoriques, application concrète chez des agriculteurs par les participants, recherche de solutions
    • Réflexions et échanges en groupes
    • Support Paperboard et documents papiers (compte rendu en fin de formation)

     

    • Acquisition de compétences du chargé de mission agriculture au sein du GAL Culturalité.
    • Transmission de ces connaissances acquises dans le cadre d’une restitution à l’ensemble des chargés de mission agriculture des GALs wallons dans le cadre d’une communauté de pratiques dédiée à l’agriculture.

     

    • Accompagnement centré sur l’humain
    • Développement de compétences de questionnement pour comprendre les freins au changement
    • Outils d’analyse du discours pour comprendre la réalité de l’agriculteur et construire ensemble les étapes du changement

     

    • Différence du réseau civam en France ; il n’y a pas de structures homologues en Belgique
    • La formation était essentiellement destinée à des animateurs Civam ; cela nous demande donc un travail d’adaptation pour traduire cela de manière cohérente au contexte wallon et aux missions des chargés de mission agriculture

     

  • Formation : coût 900 € (encadrement, déplacement, logement, nourriture)

    Les frais de déplacement ont été pris en charge par le GAL Culturalité

     

  • Résumé de notes de formation

     

    La posture de l’accompagnateur : écoute active, discipline du questionnement, entre dans la vision du monde de l’agriculteur, son point de vue, son idéal, ses préoccupations et sa stratégie

    • Postulat.1 : mon interlocuteur à de bonnes raisons de dire ce qu’il dit, de penser ce qu’il pense, de faire ce qu’il fait. À nous de le comprendre… il faut une écoute « précise »
    • Postulat.2 : mon interlocuteur à plus de compétences qu’il ne l’imagine, que je ne l’imagine. Une vraie volonté de croire en lui (accompagnement sans fatalisme (« oh le pauvre… »)

     

    Le type changement influence la posture et la posture influence le changement

    « Le changement c’est permettre à quelqu’un de comprendre quelque chose sous un autre angle » (exemple : une porte, c’est l’ouverture pour entrer dans une pièce, c’est un chef d’œuvre de charpentier)

    « Le changement, c’est avant tout quelque chose qui se réalise dans la tête des gens »

    « La situation ne change pas, c’est la vision qu’on a des faits qui évolue »

     

    Changement « contraint » (crise du lait, mise aux normes, réglementation) : le changement ne vient pas d’elle, la force vient de l’extérieur, elle crée une réaction intérieur (comme en physique), tout dépend ensuite comment la personne va réagir

    • Posture.1 : Opposition (résistance active - pour gagner du temps pour que le changement arrive le plus tard possible)
    • Posture.2 : Résistance (résistance passive - faire le mort quand on voit que le changement arriver malgré nous)
    • Posture.3 : Adaptation (contraint par le changement, il faut changer)

    Objectif : le faire passer de l’opposition à l’adaptation.

    « Je comprends votre position et votre façon de faire. A votre avis, ça peut durer combien de temps ? »

    « Supposons qu’on soit dans 2 ans, comment vous comptez vous y prendre ? » (il faut le projeter dans la situation future, pour ne pas rester enliser dans ses préoccupations, ensuite l’aider à penser les étapes)

    Changement « souhaité » : le changement vient de la personne, des tripes, pas de la tête, elle est motrice dans le processus, c’est volontaire

    • Posture.4 : Anticipation (prévoyance, opportunisme : prévoir le changement pour en saisir les opportunités)
    • Posture.5 (0.5%) : Innovation (chez moi ça va bien, on va pouvoir faire mieux, voir ailleurs, explorer, s’inspirer et ensuite l’adapter chez soi)

     

    L’analyse du discours : formation sur l’écoute et le questionnement ; attitude de questionnement face aux mots « flous », mots « valises », analyse grammaticale, grille d’analyse du discours. C’est une gymnastique de l’esprit pour rebondir sur les perches tendues…

    • Présentation de l’agriculteur et de la ferme : lui demander de nous expliquer qui il est, de présenter sa ferme, d’où il vient, ce qu’il fait aujourd’hui et vers quoi il va (passé, présent & futur).
    • Analyse :

    - Voilà : le laisser parler librement jusqu’au « Voilà », ne pas le couper - rebondir

    - 3 premières minutes, il dit l’essentiel de ses enjeux & préoccupations - à élucider

    - Mots flous & mots valises - à clarifier Exemple : Je manque de temps ; « combien de temps as-tu besoin ?» J’ai besoin d’outils ; « Lesquels ? si tu as ces outils, qu’est-ce que ça te permettra de faire ? »

    - Analyse grammaticale : sous-entendu du conditionnel « j’aimerais bien, mais… », c’est qu’il y a une envie mais il y a des obstacles, des préoccupations qui l’empêchent de le faire – Lui faire décrire la situation, sa vision des choses, pour comprendre ce qu’il vit.

     

    La reformulation du discours pour s’assurer qu’on a bien compris

     

     

    Louche d’estime « A chaque jour suffit sa peine » : comment les prendre là où ils sont pour continuer leur démarche de changement ? Il faut leur faire découvrir qu’ils ont déjà fait un pas ! Il faut toujours revenir sur l’histoire, sur ce qu’il a réussi.

    • Se centrer sur la personne : faire en sort qu’elle voit là où elle en est, où elle a avancé, les marges de progrès. Oui, il y a encore des marches à faire, mais ne pas regarder ce qu’il reste ; regarder en arrière ce qui a déjà été fait (exemple du bébé, quand il fait 3 pas, on l’encourage, bravo ! En tant qu’adultes c’est la même chose)
    • Le changement doit venir de la personne, à son rythme : es-tu satisfait ? t’envisage d’autres choses ?
    • S’il répond au conditionnel (focus) : j’aimerais… quels sont les obstacles ?

     

    Besoins et préoccupations : « Je n’ai jamais entendu un agriculteur me dire, j’ai besoin de ça » ils ne formulent pas des besoins, mais des préoccupations, des problèmes. »

    • Passer de la plainte à la préoccupation : la plainte est générale, sur laquelle personne n’a de main prise, la préoccupation est personnelle, vécue au quotidien. « Et chez toi ? » Pour voir là où il y a des marges de manœuvres
    • Passer de la préoccupation à la stratégie

  • Cette approche innovante de l’accompagnement au changement est porteuse de durabilité dans le secteur agricole, car elle s’ancre un processus d’innovation social centrée sur l’humain, sur l’agriculteur qui est le principal moteur de la durabilité.

  • Le contexte d’accompagnement des agriculteurs du réseau CIVAM est vraiment très inspirant. 

    A nous d’adapter ces pratiques au contexte agricole wallon de par la spécificité culturelle du secteur agricole, des structures d’accompagnement et de l’environnement socioéconomique de notre territoire

     

  • Très riche acquisition de compétences et de connaissances, en s’inspirant de nos partenaires français qui bénéficient d’une longue expérience d’accompagnement d’agriculteurs innovants.

  • Quentin Triest

    Chargé de mission Agriculture ‘Innovation & Communication’

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